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L'EVOLUTION POLITIQUE DU BURKINA FASO DE 1960 A NOS JOURS

I.  Introduction

Le Burkina Faso accède à l’indépendance le 05 Août 1960. Mais l’histoire de cette ancienne colonie française est très vite marquée par de profonds bouleversements socio-politiques. Des régimes constitutionnels et d’exceptions se succèdent alors durant cette cinquantaine d’années postcoloniales.

II.  LE BURKINA FASO DE 1960 à 1983

A.  La première république (1960-1966)

La première constituante de la jeune république est adoptée le 30 Janvier 1960.Cette première république entretient avec l’extérieur de bonnes relations. Membre du conseil de l’Entente depuis Mais (25) 1959, elle adhère à l’ONU le 20 septembre 1960. Le 24 Avril 1961 elle signe des accords de coopération avec la France tout en refusant l’implantation de bases militaires françaises sur le territoire. Le 26 Mai 1963, elle participe à la création de l’OUA. A l’intérieur, la première république lutte contre les opposants et les chefs traditionnels. Le régime autoritaire de Maurice Yaméogo est marqué par l’institution du parti unique : UDV-RDA. Les libertés syndicales et les droits de grève sont limités. Le régime de Maurice Yaméogo reste cependant fragile. (Plus de 12 remaniements ministériels entre Septembre 1960 et Décembre 1965).La gabegie et la mal-gouvernance ruine l’économie du pays et exacerbent les populations. Réélu le 03 Octobre 1965, Maurice prend des mesures d’austérités pour freiner la crise (réduction des salaires de 20 %). Face à cela les syndicats déclenchent une grève le 1er Janvier 1966 qui aboutit à la démission de Maurice le 03 Janvier 66 au profit du Lieutenant-Colonel Sangoulé Lamizana.

B.  Le Gouvernement Militaire Provisoire (1966-1970)

C’est le premier régime d’exception dirigé par Sangoulé Lamizana. Le pouvoir militaire suspend la constitution, dissout l’Assemblée Nationale et interdit les partis politiques. Les libertés syndicales sont réduites. Les dirigeants de la première république sont jugés, les mesures d’austérités sont maintenues mais le nouveau régime se rapproche de la chefferie traditionnelle.Le 15 Juin 1970 une nouvelle constitution est adoptée mettant en place la deuxième (IIe) république.

C.  La deuxième République (1970 à 1974)

La IIe république est marquée par la lutte politique au sein de l’UDV-RDA. Cette lutte es marquée par l’opposition entre les deux leaders de ce parti c’est-à-dire Gérard Kango Ouédraogo premier ministre et Joseph Ouédraogo président de l’Assemblée Nationale. Des partis politiques sont de nouveau crées (Parti du Regroupement Africain : PRA ; le Mouvement de Libération National : MLN). L’opposition entre Gérard Kango et Joseph Ouédraogo dit Jo Oueder entraîne un blocage des institutions républicaines. Le 08 Février 1974 l’armée reprend le pouvoir avec toujours Sangoulé Lamizana au pouvoir.

D.  Le Gouvernement du Renouveau National (1974-1978)

De nouveau, les institutions républicaines sont supprimées. Le régime doit faire face à la sécheresse qui secoue toute la région. Mais aussi aux effets du premier choc pétrolier et à la guerre contre le Mali. On assiste à la départementalisation du pays.En Décembre 1975 Sangoulé Lamizana émet l’idée de créer un « Mouvement National pour le Renouveau ». En réaction  une grève générale est déclenchée. Lamizana décide alors de former un gouvernement d’Union National le 09 Février 1976. Ce Gouvernement est également chargé d’élaborer une nouvelle constitution le 30 Novembre 1977, la constitution de la troisième (IIIe) république est adoptée par referendum

E.  La troisième IIIe république (1978-1980)

La nouvelle constitution prévoit la limitation des partis politiques à trois (3). Les élections législatives d’Avril 1978 confirment l’UDV-RDA. L’UNDD (Union Nationale pour la Défense de la Démocratie) et l’Union Progressiste Voltaïque (UPV). Aux élections présidentielles de Mai 1978 le Générale Sangoulé Lamizana candidat de l’UDV-RDA devient président de la république. Gérard Kango préside l’Assemblée et Joseph Conombo premier ministre. Les contestations sociales persistent cependant. Le Syndicat National des Enseignants Africain de la Haute Volta (SNEAH-V) déclenche une longue grève du 1er Octobre au 22 Novembre 1980.  La crise sociale aboutit à un nouveau coup d’Etat dirigé par le Colonel Saye Zerbo le 25 Novembre 1980.

F.  Le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National CMRPN (1980-1982)

Le nouveau régime s’attache à une moralisation de la vie publique. L’absentéisme dans la fonction publique est punie, de même que l’utilisation abusive des biens publiques. Ce nouveau régime devient à son tour impopulaire à cause de la restriction des libertés syndicales et politiques mais aussi à cause de sa tendance à freiner l’émigration.Au sein de l’armée l’indiscipline grandit. Le 07 Novembre 1982, le CMRPN est renversé par des jeunes officiers au profit du commandant Jean Batiste Ouédraogo.

G.  le conseil du Salut du Peuple (1982-1983)

Le CSP connait une durée de vie très courte. Durant les dix (10) mois qu’il a duré, ce régime a été marqué par deux (02) courants politiques opposés. Le premier courant est soutenu par le nouveau président et la chefferie traditionnelle et prône un retour à l’ordre constitutionnel. Le second courant est défendu par le Capitaine Thomas Sankara alors premier ministre. L’opposition entre les deux (02) courants cristallise la vie de la république. La crise s’amplifie avec l’arrestation le 17 Mai 1983 du Capitaine Thomas Sankara et ses compagnons. Des manifestations sont alors organisées pour leur libération. Le 04 Août 1983, les militaires de Pô sous la conduite du Capitaine Blaise Compaoré renversent le CSP. 

III.  L’EVOLUTION DU BURKINA FASO DE 1983 A NOS JOURS

A.  Le Conseil National de la Révolution CNR (1983-1987)

Le CNR opte pour un régime de type progressiste. Il a à sa tête 04 leaders dont Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Henry Zongo et Jean-Baptiste Lingani. Le DOP du 2 Octobre 1983 définit un referendum démocratique social économique et politique (RDP).Le CNR est soutenu par des partis communistes. Il se montre plus volontariste dans le développement du pays. Il s’agit pour lui de construire une cité développée, une cité de démocratie sociale économique et politique.Pour faire adhérer la politique à son idéologie révolutionnaire, il crée les Comités de Défense de la Révolution (CDR) et les tribunaux populaires de la révolution (TPR) afin de juger tous ceux accusé de crimes économiques. De profonds changements sont engagés. Un nouveau découpage administratif et territorial (25 puis 30 provinces) est réalisé. Le sol et le sous-sol sont nationalisés. Le 04 Août 1984 la Haute Volta devient le Burkina Faso avec une nouvelle devise, un nouvel hymne et un nouveau drapeau. De gré ou de force la population adhère à l’idéologie révolutionnaire. La mise en place des Plan Populaires de Développement (PPD) permet d’augmenter la scolarisation et la construction de nouveaux points d’eau. Sur la scène internationale, le carrure de Thomas Sankara ébloui de nombreux peuples et permet de mieux connaître le Burkina Faso à l’extérieur. En Décembre 1985, le pays sombre dans une guerre contre le Mali. Mais le régime se fragilise peu à peu à l’intérieur. Les exécutions sommaires, licenciement abusif des fonctionnaires, la restriction des libertés politique et syndicales finissent par créer des mécontents dans la société. Ce malaise se fait ressentir dans l’armée qui finit par divisé le régime en deux. A cela s’ajoute la pression extérieure dans le contexte de la guerre froide. en effet les agissements de Thomas Sankara ont fini par faire craindre aux Etats Capitalistes l’exportation du système révolutionniste en Afrique de l’Ouest. Le Coup de grâce au mouvement est donné le 15 Octobre 1987. Thomas Sankara est renversé par un coup d’Etat dirigé par le Capitaine Blaise Compaoré qui met en place le Front Populaire.

B.  Le front Populaire (1987-1991)  

Le Front Populaire prône la rectification de la révolution. Il entreprend une libération de la société. Des prisonniers politiques sont libérés et le dialogue sociale rétablit avec notamment la chefferie traditionnelle. Les CDR sont dissous, les anciens leaders du CNR toujours attachés à l’ancien système disparaissent peu à peu. Dans son discours du 31 Décembre 1989, Blaise Compaoré fait part de sa volonté de mettre en place une nouvelle constitution.Sur la scène internationale, les relations sont normalisées avec les pays voisins et la France. Le Front Populaire met fin à ses relations avec Pékin au profit de Taïwan. Pour amorcer le retour vers un Etat de droit, Blaise Compaoré en collaboration avec d’autres partis politiques  l’ODP-MT (Organisation pour la Démocratie Populaire/Mouvement du travail). En Mars 1990 une commission constitutionnelle est mise en place. En Janvier 1991, le multipartisme est instauré. Le referendum du 02 Juin 1991 consacre la naissance de la IVe république.

C.  La IVe république (1991 à nos jours)

La nouvelle constitution instaure le suffrage universel direct, le multipartisme et la séparation des pouvoirs. La devise du pays change. En outre le pays s’engage dans un processus démocratique. Des élections présidentielles sont organisées (1991, 1998, 2005, 2010) qui ont toujours consacré la victoire de Blaise Compaoré.Le pays en dépit de sa stabilité d’ensemble connait de grandes crises qui remettent en cause la quiétude nationale. La crise de 1998 suite à l’assassinat de Norbert Zongo et celle de 2011 à la suite des affaires de Koudougou ont poussé le régime à plus de justice sociale et politique, mais aussi à des réformes institutionnelles  afin de répondre aux aspirations des burkinabè. 

IV.  Conclusion

De 1960 à nos jours, le Burkina Faso a été dirigé par six (6) présidents. Le pays a connu quatre régimes démocratiques et six (6) d’exceptions. Cette vie politique mouvementée a contribué à renforcer au fil du temps le processus démocratique. Dans un pays dont la nature n’a pas toujours été gracieuse, il est plus qu’important de travailler à préserver la paix et la justice sociale gage d’un développement socio-économique serein.