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LES FORMES DIVERSES D'ACCESSION A L’INDÉPENDANCE EN AFRIQUE FRANÇAISE : Exemple de l’Algérie et de l’Afrique, noire française

I.  Introduction

Les colonies françaises en Afrique sont très hétérogènes. On y trouve en effet des protectorats, des colonies d’exploitation, des territoires sous tutelle et une colonie de peuplement. Dans ces territoires, le vent de liberté qui souffle sur les colonies britanniques fait monter la fièvre nationaliste. Les nationalistes réclament à leur tour la fin de l’exploitation coloniale. Ces mouvements d’indépendance évoluent différemment selon la nature des colonies.  

II.  L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE

A.  L'essor du Nationalisme

L’Algérie est une colonie de peuplement considérée comme une partie de la France. Ainsi de nombreux français migrent en Algérie qu’ils considèrent comme le prolongement de la France. Cette situation crée des inégalités entre les indigènes musulmans et les européens chrétiens. Ces derniers bien que peu nombreux (environ 1 million, contre 9 millions de musulmans en 1947) dominent la vie économique (plus d’un tiers des terres cultivées) politique et administrative. Les indigènes musulmans vivent dans une grande pauvreté qui peu à peu les révolte et contribue à l’essor du nationalisme. C’est dans l’entre-deux guerres que les nationalistes algériens essaient de mieux s’organiser. Ainsi en 1927, une élite algérienne dirigée par le Docteur Ben Djelloul et Ferhat Abbas créent la « fédération des élus indigènes » qui réclame plus d’égalité socio-politique entre algérien et français. En 1931, l’association des Ulémas est créée par des lettrés musulmans et dirigée par Abd-El-Hamid Ben Badis. Ce mouvement revendique une arabisation de l’Algérie.  A ces deux mouvements s’ajoute le Parti du Peuple Algérien (TPA) crée en 1937 et dirigé par Messali Hadj et qui réclame l’indépendance immédiate de l’Algérie. Mais ce parti jugé dangereux est dissout et ses dirigeants emprisonnés. Après la guerre, le nationalisme se radicalise de plus en plus suite à l’évolution de la situation en Asie ou les français ont été défaits à Dien Bien Phu (7 Mars 1954). La France rejette par ailleurs toutes les propositions algériennes d’évolution vers un Etat indépendant. Cela amène les algériens à opter de plus en plus pour une solution forcée à travers la guérilla. Ainsi en 1954, est créé le comité Revlare d’Unité et d’action (CRUA) qui décide de déclencher l’insurrection armée. Le CRUA fonde l’armée de libération nationale (ALN) et fixe l’insurrection au 1er Novembre 1954.

B.  La guerre d'independance

Comme prévu des attentats simultanés ont lieu dans différentes villes algériennes contre les intérêts français. En même temps est créé au Caire le Front de Libération National (FLN) qui se donne pour objectif la création d’un Etat Algérien libre et musulman. Pour la France, l’Algérie est une partie de la France une et indivisible. Elle refuse toutes négociations avec les nationalistes et envoie l’armée réprimée les révoltés. La répression radicalise plus le mouvement et augmente sa popularité auprès des masses paysannes.

         En Janvier 1956, le Gouvernement de Guy Mollet qui arrive au pouvoir renforce l’action militaire en faisant passer le nombre de soldats français en Algérie de 50 000 à 400 000. L’Algérie sombre alors dans la guerre civile. Les algériens bénéficient du soutien des pays frères voisins et certaines puissances à l’ONU. En Octobre 1956, les français réussissent à détourner un avion marocain ou se trouvait des leaders algériens notamment Ben Bella. Alors les attentats se multiplièrent. Le Général Massu est chargé de ramener par tous les moyens la paix en Algérie. Le 13 Mai 1958, les français d’Alger forment un comité de Salut Public dirigé par le Général Massu afin de prendre le contrôle du pays. Devant la réticence grandissante de la Métropole face au problème algérien. Mais ce coup d’Etat est récupéré par les Gaullistes qui réussissent à faire revenir De Gaulle au Pouvoir (1er Juin 1958). Ce dernier s’engage dans une nouvelle politique visant à ramener la paix en Algérie. 

C.  la marche vers l’indépendance

La guerre d’Algérie a de sérieuses conséquences pour la France. Elle ruine son image sur la scène internationale notamment au sein de l’ONU. Elle provoque également une crise socio-politique en France car le pays se partagera entre partisans de la paix négociée et ceux qui prônent la répression des nationalistes.  Au plan financier, cette guerre est un gouffre financier qui coute chère à la France. 

           En Septembre 1958, les algériens mettent en place le Gouvernement provisoire de la république Algérienne (GPRA) à Tunis et dirigé par Ferhat Abbas qui coordonne mieux la lutte d’indépendance.Face à cette crise, De Gaulle propose 03 solutions aux algériens :

  • L’indépendance maintenant par la sécession avec la France
  • Le rattachement direct à la France à travers l’intégration
  • L’autonomie interne dans le cadre d’une association avec la France.

         Ces propositions mécontentent les français d’Algérie qui se sentent trahis et abandonnés. Ainsi en Janvier 1960 (24-31) ils organisent des troubles à Alger afin de prendre le contrôle de la ville. Mais ces tentatives échouent et renforcent plus l’autorité de De Gaulle. Ils organisent également des attentats contre les Gaullistes et les musulmans en Algérie et en France. En dépit de ce climat de violence, De Gaulle décide de négocier avec le GPRA. Ainsi s’ouvre en Mai 1961 à Evian des négociations entre les deux parties qui aboutissent en Mars 1962 à la signature d’accords et à un cessez le feu. Ces accords prévoient :

  • La mise en place d’un régime provisoire en attendant un scrutin d’autodétermination
  • L’indépendance de l’Algérie
  • La sécurisation des européens d’Algérie
  • La coopération entre la France et l’Algérie

     En avril 1962 les français approuvent les accords par référendum. Le 1er juillet les algériens se prononcent également en faveur de l’indépendance après 8 ans de guerre. L’Algérie devient alors une république musulmane socialiste.En Afrique noire française le processus de décolonisation a été violent.

III.  LA DECOLONISATION DE L’AFRIQUE NOIRE FRANÇAISE

Le mouvement d’émancipation en Afrique noire française pacifique, exception faite de Madagascar. Il a été le fruit d’un long processus marqué par de nombreuses réformes politiques et administratives débutées même avant la guerre d’indépendance 1944.

A.  la conférence de Brazzaville (30 janvier – 8 février 1944)

Convoquée par le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) présidée par De Gaulle, cette conférence regroupe les gouverneurs de l’Afrique, de même que les hauts représentants de la France. Mais on n’invita aucun représentant africain.

Elle avait deux buts essentiels : réaffirmer l’autorité de la France sur ces colonies dans un contexte marqué par l’émergence des deux puissances anticolonialistes et solliciter l’aide des colonies afin de libérer la France et l’Europe.

La conférence fut surtout marquée par de nombreuses promesses de réformes socio-politiques et économiques, restées sans suite. Elle a eu le mérite cependant de proposer la mise en place d’une assemblée constituante qui devait travailler à l’élaboration d’une nouvelle constitution. Senghor et Houphouët firent partie de cette constituante.

 Mais De Gaulle précise à la fin de la conférence  que «  les fins de l’œuvre de colonisation écartent toute idée d’autonomie, toute possibilités d’évolution hors du bloc français de l’empire ; la constitution éventuelle, même lointaine, de self-government dans les colonies est à écarter » point donc d’indépendance mais plutôt une réaffirmation de l’empire.

Après la guerre, les travaux de la constituante concoururent à la mise en place d’une nouvelle constitution  dans laquelle les rapports entre la France et ses Colonies sont revus. 

B.  L’Union Française (Octobre 1946)

Au 27 Octobre 1946, la nouvelle constitution fut adoptée, créant ainsi l’UF qui regroupe la France, les DOM , les TOM et les territoires et Etats associés. Cette Union comportait trois grands organes : 

  • La présidence de l’Union assurée par le président de la République Française
  • Le Haut Conseil a pour rôle d’assister le président de l’Union et l’Assemblée, il est composé d’une délégation du gouvernement français et de la représentation de chaque Etat associé.
  • L’assemblée avait également un rôle consultatif et était composée de 76 africains et de 76 français. La nouvelle constitution a permis aux africains de mieux participer à la vie politique de l’Union en envoyant leur représentant dans l’assemblée et au sein du haut conseil. Dans chaque territoire fut créée une assemblée territoriale (d’abord appelée conseil Gurx).

Les leaders africains profitèrent de cette nouvelle constitution pour réclamer plus de liberté et de meilleures conditions de vie dans les colonies. C’est ainsi que le 11 Avril 1946, la loi Houphouët Boigny  met fin aux travaux forcés. Le 07 Mai 1946, la loi Lamine Gueye accorde la citoyenneté à tous les ressortissants de l’union. Mais la France s’attache toujours à ses colonies refusant toutes idées d’autodétermination.

Sous la pression des grandes puissances, de l’évolution de la situation en Asie et en Algérie, les leaders africains réclamèrent plus d’autonomie. La France due alors se rendre à l’évidence et décida de proposer un nouveau cadre institutionnel à ses colonies. Ce fut la loi Cadre.  

C.  La loi Cadre (23 Juin 1956)

Encore appelée loi Gaston Deferre, la loi cadre fut rédigée par ce ministre des colonies et Houphouët Boigny. Elle réalisa de nombreux progrès :

  • L’institution du suffrage universel
  • Le renforcement de la place des africains dans la gestion de leur territoire
  • L’élargissement des pouvoirs des assemblées territoriales dont les membres sont élus aux suffrages universels et qui ont le pouvoir de voter le budget et de délibérer sur les projets administratifs. Ces assemblées choisissent un conseil appelé gouvernement, composé de ministres mais présidé par le gouverneur français appelé chef de territoire. L’objectif de cette nouvelle loi est de préparer les africains à la gestion des hautes fonctions politiques en octroyant aux colonies plus d’autonomie interne. Mais la loi ignore les grandes assemblées de l’AOF et de l’AEF. Elles induisaient donc un morcellement politique de l’Afrique jusqu’à la regrouper en deux organismes. Elle fut critiquée par Senghor qui prônait un système fédéraliste. Ce dernier la considéra comme un instrument de balkanisation de l’Afrique.

Pour Houphouët et Léon M’Ba (Gabon) elle était d’un grand progrès car favorisait l’émancipation de chaque territoire indépendant.

Dès lors le monde francophone se fissure en deux blocs aux intérêts opposés : les fédéralistes défendu par Senghor et les fédéralistes dont Houphouët est le porte flambeau. En 1958, De Gaulle retourne au pouvoir à la suite de la crise algérienne. Il promet alors une nouvelle constitution qui ??????  la V république française et un nouveau cadre de coopération avec les colonies.    

D.  La communauté (1958)

       Une fois au pouvoir, De Gaulle décide de mettre en place un nouveau cadre afin de raffermir ces relations avec les colonies. C’est ainsi que fut proposée la constitution de 1958 qui devait mettre en place la communauté. Elle fut soumise à un referendum le 28 Septembre 1958. De Gaulle proposait dans ce nouveau texte soit une association avec la France au sein de la communauté soit une indépendance immédiate. 

A l’exception de Sékou Touré, tous les Etats votèrent en faveur de la communauté. Ce dernier prit la décision d’opter pour l’indépendance immédiate (15 Août 1958). Ainsi donc après le referendum Sékou Toure proclama le 02 Octobre 1958 l’indépendance de la Guinée.

Aussitôt la France rompu toutes relations avec le jeune Etat. La Guinée survécu grâce au soutien des nationalistes africains et tiers mondialistes.

Les Etats qui votèrent pour la communauté s’érigèrent en Républiques autonomes et se préparaient à former petits ensembles sous régionaux.

La communauté avait pour organe :

  • La présidence
  • Le conseil exécutif à pouvoir consultatif et formé du premier de la France, des chefs de gouvernement de chaque Etat membre ainsi que des ministres chargés, de la commune, des affaires communes.
  • Le sénat de la communauté composé de députés du parlement français et des représentants des parlements des autres territoires. (Rôle consultatif) - La cour arbitrale chargée de régler les litiges entre les Etats membres.

Ce nouveau cadre ne tarda pas à être remis en cause par les leaders africains de plus en plus tournés vers l’idée d’indépendance. 

Au sein de la communauté, les jeunes républiques se constituèrent en différents blocs. En AOF, sous l’impulsion de Senghor fut créée en Janvier 1959, la Fédération du Mali  qui au départ regroupait le Soudan, le Sénégal, la Haute Volta et le Dahomey, les deux derniers quittèrent la Fédération pour rejoindre le conseil de l’Entente créé par Houphouët en Mai 1959. (qui regroupait en ce moment la Côte d’Ivoire, la Haute Volta, le Dahomey et le Niger). 

Le 28 Septembre 1959, les membres de la fédération du Mali réclamèrent leur indépendance tout en restant membres de la communauté. Le 04 Avril 1960, De Gaulle reconnu l’indépendance de la Fédération. Mais elle s’éclata très vite et le 20 Août 1960, la république du Sénégal vit le jour. Quant au Soudan, il devient république du Mali le 22 Septembre 1960 avec Modibo Keita. Madagascar devient indépendant le 26 Juin 1960. L’indépendance de la fédération du Mali est celle de Madagascar oblige le conseil de l’entente à revoir sa politique avec la France. Pour redorer leur prestige, les membres du Conseil demandèrent le 03 Juin 1960 immédiatement leur indépendance et ce sans conditions. Ainsi ils fixèrent les dates du 1er Août pour le Dahomey, le 03 Août pour la Niger, le 05 Août pour la Haute Volta, le 07 Août pour la République de Côte d’Ivoire.

La Mauritanie devient indépendante le 28 Novembre 1960.

En AEF, les négociations avec la France permirent de proclamer l’indépendance en 1960 :

  • 11 Août pour le Tchad
  • 13 Août pour la Centrafrique (ou Oubangui Chari)
  • 15 Août pour la RDC
  • 17 Août pour le Gabon
  • Togo : 27 Avril 1960
  • Cameroun : 1961

IV.  Conclusion

L'accession à l'indépendance en Afrique s'est faite de diverses formes : à travers des luttes armées, des accords d'intégration entre métropoles et colonies.